Franz Stock, ce n’est pas un nom, c’est un programme, dira Mgr Roncalli, le futur Jean XXIII.

Et Chartres.

Angelo Giuseppe Roncalli, né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, appelé maintenant Sotto il Monte Giovanni XXIII, près de Bergame (Italie) et mort le 3 juin 1963 à Rome. Il fut Pape sous le nom de Jean XVIII de 1958 jusqu’à sa mort, le 3 juin 1963. Il fut canonisé par le Pape François le 27 avril 2014.

Le 30 décembre 1944, il devient nonce apostolique à Paris, et le restera jusqu’en 1953. C’est au début de cette période qu’il fera la connaissance de Franz Stock.

Franz Stock, né le 21 septembre 1904 à Neheim, appelé aujourd’hui Arnsberg, Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), et mort le 24 février 1948 à Paris. Dès son jeune âge, il veut devenir prêtre. Il fait ses études théologiques à Paderborn (Allemagne), et sera ordonné prêtre en 1932. Il fera de nombreux séjours en France, dont trois semestres en 1928, à l’Institut catholique de Paris. En 1934, il est nommé recteur de la Mission catholique allemande de Paris. Mais en août 1939, il sera obligé de retourner en Allemagne et deviendra vicaire des villes de Dortmund-Bodelschwingh et Wanzleben.

Photo personnelle, prise dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres.

De 1941 à 1944, Franz Stock sera renvoyé en France et nommé aumônier des prisons de Paris, à Fresnes, La Santé et Cherche-Midi. Et comme les prêtres français n’ont pas le droit d’y pénétrer, ce sera lui qui apportera un soutien moral et spirituel aux détenus français. Il préparera et accompagnera les condamnés à mort jusqu’au fort du Mont Valérien, lieu d’exécution de nombreux résistants. Refusant l’habit militaire, en soutane, avec un brassard de la Croix-Rouge, il entend se situer au-dessus de la mêlée. De très nombreux témoignages (dont celui d’Edmond Michelet) établissent qu’il apporte le réconfort à ceux qui veulent le recevoir et qu’à ses risques et périls il sert de messager entre les familles et les résistants emprisonnés.

http://www.mont-valerien.fr/ressources-historiques/mediatheque/?no_cache=1&show=image

Le 24 août 1944, à la libération de Paris, l´Abbé Stock se trouve à l´hôpital de la Pitié au chevet de 600 soldats allemands blessés et intransportables. Il se laissera arrêté et envoyé dans le camp de prisonniers de guerre de Cherbourg. Il aurait pu faire intervenir des officiels français, mais il préfère œuvrer au camp de la Glacerie, lieu-dit la Motterie, près de Cherbourg, de septembre 1944 à avril 1945. Il partagera le sort des prisonniers allemands pour redonner de l’espoir à des êtres humiliés par la défaite.

Photo personnelle, prise dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres.

En 1945, les autorités françaises envisagent la fondation d’un séminaire pour les étudiants en théologie, allemands prisonniers de guerre, dans le but de contribuer à un renouveau spirituel de l’Allemagne. Sur les conseils du cardinal Suhard et du nonce apostolique, Mgr Roncalli, futur pape Jean XXIII, l´Aumônerie Générale à Paris, avec l´Abbé Rodhain et l´Abbé Le Meur à sa tête confie à l’Abbé Stock la tâche d’organiser et de diriger ce « séminaire derrière les barbelés », installé à l’origine à Orléans et transféré au Coudray, près de Chartres.

D’août 1945 à juin 1947, le séminaire a accueilli 930 étudiants, dont 630 deviendront prêtres, et parmi eux 4 évêques et 2 supérieurs de congrégations. Le renouveau du clergé allemand a, pour beaucoup, trouvé sa source en ces modestes lieux.

Prisonniers, séminaristes allemands au « Séminaire des barbelés ». Photo du site : http://www.paxchristi.cef.fr/v2/dossier-de-presse-anniversaire-de-la-fermeture-du-seminaire-des-barbeles/

Le Nonce Apostolique Mgr RONCALLI, futur pape Saint Jean XXIII, visitera le séminaire quatre fois, dont le 18 septembre 1945, le 16 mai 1946 et le dimanche 29 décembre 1946, et ordonnera prêtres, deux diacres du diocèse de Rottenburg, le 5 avril 1947. Il prononcera cette phrase historique : « Ce séminaire vraiment exceptionnel fait honneur à la France et à l’Allemagne, destiné qu’il est à être un signe précurseur de la bonne entente et de l’amitié entre les deux peuples« .

Monseigneur Roncalli, le 17 mai 1946, en visite au « Séminaire des Barbelés ». Photo du site : http://www.paxchristi.cef.fr/v2/dossier-de-presse-anniversaire-de-la-fermeture-du-seminaire-des-barbeles/

Franz Stock, très fatigué, meurt subitement le 24 février 1948. Ses obsèques auront lieues en l´église Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris, le 28 février 1948. Le nonce Mgr. Roncalli donne lui-même l´absoute, « l´absolutio ad tumbam ». Seulement une dizaine de personnes suivront son cercueil au cimetière parisien de Thiais.

le 3 juillet 1949, une messe fut célébrée, en l’église des Invalides, en hommage de Franz Stock, à la demande des associations de résistants et de toutes les familles de fusillés, par l’Abbé Jean Pihan. Ancien résistant lui-même, il célébra dans son homélie «l’étonnante cérémonie permettant à ceux qui ont souffert, de crier leur reconnaissance envers le sacrifice de ce prêtre admirable, patriote allemand, ami de la France et serviteur du Christ universel».

Le 13 juin 1963, la veille de la ratification du traité franco-allemand par l’Assemblée Nationale, le corps de Franz Stock est exhumé du cimetière de Thiais. Deux jours plus tard, après avoir été exposé, son cercueil est inhumé en l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres à Chartres. Un message signé du Pape Jean XVIII, ancien nonce Roncalli, y est lu.

Photo personnelle, prise dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres.

Un procès en béatification est ouvert par l’Église catholique en 2009.

L’association des Amis de Franz Stock, propriétaire du Séminaire des Barbelés, mène des travaux importants de conservation de l’édifice. Aujourd’hui « Le Centre Européen de rencontres Franz Stock » s’emploie à faire vivre le site. Le bâtiment principal du « Séminaire des barbelés » est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, le 13 mars 1995, en tant que lieu de mémoire.

Photo personnelle.

Le bâtiment actuel encore traversé par les rails des projecteurs d’artillerie de 1917, abritait le dortoir, le réfectoire et la chapelle. C’est une grande halle en béton de 70 mètres sur 20 couverte d’une double voûte bétonnée retombant sur une rangée de doubles colonnes et sur des murs de briques renforcés de piliers de béton. ‘hiver, il devait y faire très froid chauffé par seulement deux poêles à bois.

Photo personnelle.

La chapelle, située dans l’angle nord-ouest du bâtiment, est décorée
de peintures. Celles du mur oriental sont l’œuvre de Frantz Stock, représentant la Passion du Christ. Au centre, on reconnaît la Vierge et Saint-Jean. À gauche, saint-Michel transperce de sa lance la gueule d’un dragon, symbolisant la lutte commune de la France et de l’Allemagne contre la guerre. À droite se tient saint-Boniface, évangélisateur de la Germanie au VIIIème siècle.

Photo personnelle.

En 1946, au Séminaire des barbelés à Chartres, un jeune prisonner allemand a peint les stations du Chemin de Croix sur les murs de la chapelle du camp. Son nom : Lothar Zenetti, il avait alors 20 ans.Dans la chapelle, il ne reste aujourd’hui que les 4 dernières stations, les 10 premières ont été détruites.

Photo personnelle.

Cette visite, conduite par une guide passionnée, a été pleine d’émotions en compagnie de ma Fille, et nous a fait découvrir un pan de notre Histoire que nous méconnaissions.

Liste des sources :

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